En septembre 1888, Vincent van Gogh installe son chevalet au coin d'une rue d'Arles, dans le sud de la France, et peint un café qui rayonne sous le ciel du soir. Le résultat est l'une des images les plus aimées de l'art occidental. La lumière des lampes se répand sur les pavés comme une chaleur liquide, la terrasse bourdonne de dîneurs attardés, et au-dessus de tout cela la nuit s'ouvre en un dôme paisible de bleu profond parsemé d'étoiles. Derrière cette scène familière se cachent des faits vraiment surprenants sur Terrasse de café le soir, et ils rendent le tableau encore plus beau une fois qu'on les connaît.

Son premier ciel étoilé

Tout le monde connaît La Nuit étoilée, le chef-d'œuvre tourbillonnant que Van Gogh a peint en 1889. Peu de gens savent que Terrasse de café le soir est venue avant. Cette toile, peinte début septembre 1888, est l'une des toutes premières fois où il a tenté un ciel étoilé à la peinture à l'huile. Plus tard le même mois, il a peint La Nuit étoilée sur le Rhône, et la célèbre Nuit étoilée a suivi en juin de l'année suivante, après son entrée à l'asile de Saint-Rémy.

C'est donc sur cette modeste terrasse de café que l'obsession a commencé. Van Gogh avait écrit combien il rêvait de peindre la nuit, et ici il l'a enfin fait. Les étoiles sont de simples touches de peinture claire, presque comme des fleurs qui s'ouvrent dans l'obscurité, mais on sent déjà où son imagination allait le mener.

Peint dehors, dans le noir

Van Gogh n'a pas peint cette scène de mémoire dans un atelier. Il a travaillé sur place, la nuit, debout sur la place du Forum pendant que le café derrière lui menait sa vie du soir. Peindre en plein air était courant chez les impressionnistes, mais peindre en plein air après le coucher du soleil, c'était une tout autre affaire. Il travaillait à la lueur des lampes à gaz du café, jugeant ses couleurs dans la lumière même qu'il essayait de capturer.

Le spectacle devait sembler étrange aux habitants : un Hollandais roux plissant les yeux devant une toile dans le noir. Mais la méthode explique l'honnêteté du tableau. La chaleur exagérée de la terrasse et la façon dont tombent les ombres viennent de l'observation directe, pas de l'invention. Il était là, juste devant.

Une scène de nuit sans aucun noir

Voici le détail qui change la manière de regarder le tableau : il n'y a pas de noir dedans. Ni dans le ciel, ni dans les ombres, nulle part. Van Gogh a construit toute la nuit avec des bleus, des violets, des verts et le jaune citron éclatant de l'auvent. Il a écrit à sa sœur Willemien à propos de ce tableau, lui confiant qu'il trouvait énormément d'intérêt à peindre la nuit sur le motif, et que la nuit était plus vivante et plus richement colorée que le jour.

L'idée paraît simple jusqu'au moment où l'on essaie de la mettre en œuvre. Dans ce tableau, l'obscurité n'est pas une absence. C'est une couleur à part entière, et la lueur du café ne fonctionne que parce que le bleu qui l'entoure est si profond et si saturé. Il ne cherchait pas un réalisme strict. La perspective penche légèrement, les couleurs s'intensifient, et toute la scène semble chargée d'une attente tranquille, comme si la terrasse était une porte ouverte sur les nouveaux rythmes de la vie du soir.

On peut encore y prendre un café

Le café peint par Van Gogh était un vrai commerce de la place du Forum à Arles, et le bâtiment se dresse toujours sur cette même place aujourd'hui. Pendant des années, il a fonctionné comme un café jouant de cette filiation, sa façade peinte en jaune pour faire écho à la toile. Les visiteurs d'Arles peuvent marcher jusqu'au coin exact, se tenir à peu près là où Van Gogh a planté son chevalet, et comparer le tableau au lieu. La place est plus petite que l'image ne le laisse croire, ce qui en dit long sur la quantité d'émotion qu'il y a versée.

Il ne l'a jamais signée

Regardez la toile de près et vous ne trouverez aucune signature. Van Gogh n'a jamais signé Terrasse de café le soir. Aucun doute pourtant sur l'auteur, car il a décrit le tableau en détail dans ses lettres, dont celle adressée à sa sœur. Ces lettres tiennent lieu de signature en prose, et elles nous offrent quelque chose de plus rare qu'un nom dans un coin : l'enthousiasme de l'artiste lui-même, couché sur le papier alors que la peinture était encore fraîche. Le tableau est aujourd'hui exposé au musée Kröller-Müller d'Otterlo, aux Pays-Bas.

Voir la lumière, pièce par pièce

Il y a un plaisir particulier à résoudre ce tableau en puzzle. Quand vous triez les pièces, vous démontez en quelque sorte la logique des couleurs de Van Gogh pour la remonter ensuite. Vous tenez un fragment d'orange pur à côté d'un fragment de bleu profond et vous les regardez s'embraser l'un l'autre, exactement le contraste qu'il a utilisé pour faire briller la lumière du gaz sans une seule touche de noir. Les pièces du ciel étoilé, toutes en subtiles variations de bleu sur bleu, sont le défi silencieux au cœur du jeu.

Si vous voulez essayer, Terrasse de café le soir fait partie de la collection gratuite « On adore l’art ! » d'Artizen, aux côtés d'autres chefs-d'œuvre de l'histoire de la peinture. L'application est gratuite à télécharger sur l'App Store, et la reproduction est assez fine pour révéler des coups de pinceau que vous n'aviez jamais remarqués. C'est une façon lente et délicieuse de comprendre pourquoi un petit café d'Arles est devenu l'une des nuits les plus célèbres jamais peintes.

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